c'est écouter seulement les émissions préférées, lire, se promener sous la pluie, faire l'amour, lire...
le reste? plus tard...
....."Mais rendre la lumière
Suppose d'ombre une morne moitié"
paul valéry
c'est écouter seulement les émissions préférées, lire, se promener sous la pluie, faire l'amour, lire...
le reste? plus tard...
"La pureté et la simplicité sont les deux ailes avec lesquelles
l'homme s'envole au-dessus de la terre et de toute nature éphémère". Thomas A'Kempis
Réfugié dans la littérature comme dans un abri, Archambault reconnaît tout devoir au roman, qui
lui a appris «qu'on pouvait à la fois échapper au réel et le comprendre». Il n'en tire aucune leçon morale, sinon celle de savoir «à quel point vivre [est] émouvant». Aussi, «parvenu de la
culture», il avoue être incapable de vraiment fréquenter «quelqu'un pour qui la littérature [n'a] pas une signification profonde».
Le monde, écrit Trevor Ferguson, est bizarre, désordonné et fourmille de manifestations «hors
contexte». Le romancier, lui, a le privilège d'élaborer un contexte, de «créer un univers» et «d'ajouter couleur et symétrie, lumière et fureur, nuance et compréhension au monde dans lequel nous
vivons, c'est-à-dire au vacarme qui nous entoure». Son art consiste à faire vivre au lecteur des «instants épiphaniques», c'est-à-dire de soudaines prises de conscience qui tiennent de la
révélation, qui le transforment en lui faisant «accueillir au sein de sa propre vie une multitude de vies disparates». On ne lit pas un roman, comme le croit Oprah Winfrey, pour «améliorer nos
vies»; on devient lecteur pour approfondir notre expérience du monde.
La mauvaise foi
Premier extrait
« Voici, par exemple, une femme qui s’est rendue à un premier rendez-vous. Elle sait fort bien les intentions que l’homme qui lui parle nourrit à son égard. Elle sait aussi qu’il lui faudra prendre tôt ou tard une décision. Mais elle n’en veut pas sentir l’urgence : elle s’attache seulement à ce qu’offre de respectueux et de discret l’attitude de son partenaire. Elle ne saisit pas cette conduite comme une tentative pour réaliser ce qu’on nomme « les premières approches », c’est-à-dire qu’elle ne veut pas voir les possibilités de développement temporel que présente cette conduite : elle borne ce comportement à ce qu’il est dans le présent, elle ne veut pas lire dans les phrases qu’on lui adresse autre chose que leur sens explicite, si on lui avait dit : « Je vous admire tant », elle désarme cette phrase de son arrière-fond sexuel, elle attache au discours et à la conduite de son interlocuteur des significations immédiates qu’elle envisage comme des qualités objectives. L’homme qui lui parle semble sincère et respectueux comme la table est ronde ou carrée, comme la tenture murale est bleue ou grise. Et les qualités ainsi attachées à la personne qu’elle écoute se sont ainsi figées dans une permanence chosiste qui n’est autre que la projection dans l’écoulement temporel de leur strict présent. C’est qu’elle n’est pas au fait de ce qu’elle souhaite : elle est profondément sensible au désir qu’elle inspire, mais le désir cru et nu l’humilierait et lui ferait horreur. Pourtant, elle ne trouverait aucun charme à un respect qui serait uniquement du respect. Il faut, pour la satisfaire, un sentiment qui s’adresse tout entier à sa personne, c’est-à-dire à sa liberté plénière, et qui soit une reconnaissance de sa liberté. Mais il faut, en même temps, que ce sentiment soit tout entier désir, c’est à dire qu’il s’adresse à son corps en tant qu’objet. Cette fois donc, elle refuse de saisir le désir pour ce qu’il est, elle ne lui donne même pas de nom, elle ne le reconnaît que dans la mesure où il se transcende vers l’admiration, l’estime, le respect et où il s’absorbe tout entier dans les formes les plus élevées qu’il produit, au point de n’y figurer plus que comme une sorte de chaleur et de densité. Mais voici qu’on lui prend la main. Cet acte de son interlocuteur risque de changer la situation en appelant une décision immédiate : abandonner cette main, c’est consentir de soi-même au flirt, c’est s’engager. La retirer, c’est rompre cette harmonie trouble et instable qui fait le charme de l’heure. Il s’agit de reculer le plus loin possible l’instant de la décision. On sait ce qui se produit alors : la jeune femme abandonne sa main, mais ne s’aperçoit pas qu’elle l’abandonne. Elle ne s’en aperçoit pas parce qu’il se trouve par hasard qu’elle est, à ce moment, tout esprit. Elle entraîne son interlocuteur jusqu’aux régions les plus élevées de la spéculation sentimentale, elle parle de la vie, de sa vie, elle se montre sous son aspect essentiel : une personne, une conscience. Et pendant ce temps, le divorce du corps et de l’âme est accompli ; la main repose inerte entre les mains chaudes de son partenaire : ni consentante ni résistante -- une chose. Nous dirons que cette femme est demauvaise foi. »
Jean-Paul Sartre, L’Étre et le Néant, La Mauvaise Foi, Premier Extrait.
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Vous êtes un beau ciel d'automne, clair et
rose !
Mais la tristesse en moi monte comme la mer,
Et laisse, en refluant, sur ma lèvre morose
Le souvenir cuisant de son limon amer.
- Ta main se glisse en vain sur mon sein qui se
pâme ;
Ce qu'elle cherche, amie, est un lieu saccagé
Par la griffe et la dent féroce de la femme.
Ne cherchez plus mon coeur; les bêtes l'ont mangé.
Mon coeur est un palais flétri par la cohue ;
On s'y soûle, on s'y tue, on s'y prend aux
cheveux !
- Un parfum nage autour de votre gorge
nue !...
O Beauté, dur fléau des âmes, tu le veux !
Avec tes yeux de feu, brillants comme des fêtes,
Calcine ces lambeaux qu'ont épargnés les
bêtes !
Charles Baudelaire, Les Fleurs du
mal
Je viens de faire exactement ce qu’il ne faut jamais faire : cherchant un fichier pour des clichés promis, je me suis vue fureter sur des disques durs externes et finalement bien entendu regarder des images plus anciennes - bien que datant de quelques années seulement.
Au-delà de la gamme chromatique et de l’effet souvenirs-qui-vous-sautent-à- la-gueule, c’est tout un pan de sentiments qui ressurgissent évidemment, des époques,
des moments, pas forcément heureux du reste. Des remises en question, des regrets et beaucoup de recul évidemment. Ce qui nous flottait n’était pas de l’hélium, pas que des sensations rares et
surélevées mais de simples (auto ?) convictions d’intensité. A vrai dire, des histoires d’amour assez banales comme il en existe des milliers, avec ce rien de transgression qui nous rend
plus vivants. En réalité, le danger est plutôt calculé et les grands gestes sinon mesquins - du moins pour authentiques qu’ils étaient sur l’instant - loin des tragédies classiques. Je me suis
crue Bérénice, je n’étais qu’une amoureuse de bas quartier. Je me sens vaguement amère, toute cette énergie que l’on perd pour des romans de gare. J’y ai laissé au fur et à mesure beaucoup de
plumes et aujourd’hui on me reproche mon cœur sans colifichet, cette lucidité amère…. l’insoutenable légèreté de l’être parfois me quitte, je deviens cassante et méfiante ,je relis Baudelaire, il
me semble que j’ai 17 ans (my godness, j’étais déjà si décillée à cet âge-là ?)
Delphine le Vigan :
Rien ne s’oppose à la nuit :
A la lecture des récits, c’est cela d’abord qui me frappe, cette élimination naturelle ordonnée par nos organismes, cette capacité que nous avons à recouvrir, effacer, synthétiser, cette aptitude au tri sélectif, qui sans doute permet de libérer de l’espace comme sur un disque dur, de faire place nette, d’avancer.