....."Mais rendre la lumière
Suppose d'ombre une morne moitié"
paul valéry
J'ai de mes ancêtres gaulois l'oeil bleu blanc, la cervelle étroite, et la maladresse dans la lutte. Je trouve mon habillement aussi barbare que le leur. Mais je ne beurre pas ma chevelure.
Les Gaulois étaient les écorcheurs de bêtes, les brûleurs d'herbes les plus ineptes de leur temps.
D'eux, j'ai: l'idolâtrie et l'amour du sacrilège; - oh! tous les vices, colère, luxure, - magnifique, la luxure; - surtout mensonge et paresse.
J'ai horreur de tous les métiers. Maîtres et ouvriers, tous paysans, ignobles. La main à plume vaut la main à charrue. - Quel siècle à mains! - Je n'aurai jamais ma main. Après, la domesticité
mène trop loin. L'honnêteté de la mendicité me navre. Les criminels me dégoûtent comme des châtrés: moi, je suis intact, et ça m'est égal.
Mais! qui a fait ma langue perfide tellement, qu'elle ait guidé et sauvegardé jusqu'ici ma paresse? Sans me servir pour vivre même de mon corps, et plus oisif que le crapaud, j'ai vécu partout.
Pas une famille d'Europe que je ne connaisse. -J'entends des familles comme la mienne, qui tiennent tout de la déclaration des Droits de l'Homme. - J'ai connu chaque fils de famille !
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Si j'avais des antécédents à un point quelconque de l'histoire de France!
Mais non, rien.
Il m'est bien évident que j'ai toujours été race inférieure. Je ne puis comprendre la révolte. Ma race ne se souleva jamais que pour piller: tels les loups à la bête qu'ils n'ont pas tuée. Je me
rappelle l'histoire de la France fille aînée de l'église. J'aurais fait, manant, le voyage de terre sainte; j'ai dans la tête des routes dans les plaines souabes, des vues de Byzance, des
remparts de Solyme; le culte de Marie, l'attendrissement sur le crucifié s'éveillent en moi parmi mille féeries profanes. - Je suis assis, lépreux, sur les pots cassés et les orties, au pied d'un
mur rongé par le soleil. - Plus tard, reître, j'aurais bivaqué sous les nuits d'Allemagne.
Ah! encore: je danse le sabbat dans une rouge clairière, avec des vieilles et des enfants. Je ne me souviens pas plus loin que cette terre-ci et le christianisme. Je n'en finirais pas de me
revoir dans ce passé. Mais toujours seul; sans famille; même, quelle langue parlais-je. Je ne me vois jamais dans les conseils du Christ; ni dans les conseils des Seigneurs, - représentants du
Christ.
Qu'étais-je au siècle dernier: je ne me retrouve qu'aujourd'hui. Plus de vagabonds, plus de guerres vagues. La race inférieure a tout couvert - le peuple, comme on dit, la raison; la nation et la
science.
Oh! la science! On a tout repris. Pour le corps et pour l'âme, - le viatique, - on a la médecine et la philosophie, - les remèdes de bonnes femmes et les chansons populaires arrangés. Et les
divertissements des princes et les jeux qu'ils interdisaient! Géographie, cosmographie, mécanique, chimie !...
La science, la nouvelle noblesse! Le progrès. Le monde marche! Pourquoi ne tournerait-il pas?
C'est la vision des nombres. Nous allons à l'Esprit. C'est très-certain, c'est oracle, ce que je dis. Je comprends, et ne sachant m'expliquer sans paroles païennes, je voudrais me
taire.
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Le sang païen revient! L'Esprit est proche, pourquoi Christ ne m'aide-t-il pas, en donnant à mon âme noblesse et liberté. Hélas! l'évangile a passé! l'évangile! L'évangile.
J'attends Dieu avec gourmandise. Je suis de race inférieure de toute éternité.
Me voici sur la plage armoricaine. Que les villes s'allument dans le soir. Ma journée est faite; je quitte l'Europe. L'air marin brûlera mes poumons; les climats perdus me tanneront. Nager,
broyer l'herbe, chasser, fumer surtout; boire des liqueurs fortes comme du métal bouillant, - comme faisaient ces chers ancêtres autour des feux.
Je reviendrai, avec des membres de fer, la peau sombre, l'oeil furieux: sur mon masque, on me jugera d'une race forte. J'aurai de l'or: je serai oisif et brutal. Les femmes soignent ces féroces
infirmes retour des pays chauds. Je serai mêlé aux affaires politiques. Sauvé. Maintenant, je suis maudit, j'ai horreur de la patrie. Le meilleur, c'est un sommeil bien ivre, sur la grève.
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On ne part pas. - Reprenons les chemins d'ici, chargé de mon vice, le vice qui a poussé ses racines de souffrance à mon côté, dès l'âge de raison - qui monte au ciel, me bat, me renverse, me
traîne.
La dernière innocence et la dernière timidité. C'est dit. Ne pas porter au monde mes dégoûts et mes trahisons.
Allons! La marche, le fardeau, le désert, l'ennui et la colère.
A qui me louer? Quelle bête faut-il adorer? Quelle sainte image attaque-t-on? Quels coeurs briserai-je? Quel mensonge dois-je tenir? - Dans quel sang marcher?
Plutôt, se garder de la justice. - La vie dure, l'abrutissement simple, - soulever, le poing desséché, le couvercle du cercueil, s'asseoir, s'étouffer. Ainsi point de vieillesse, ni de dangers:
la terreur n'est pas française.
- Ah! je suis tellement délaissé que j'offre à n'importe quelle divine image des élans vers la perfection.
O mon abnégation, ô ma charité merveilleuse! ici-bas, pourtant!
De profundis Domine, suis-je bête!
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Encore tout enfant, j'admirais le forçat intraitable sur qui se referme toujours le bagne; je visitais les auberges et les garnis qu'il aurait sacrés par son séjour; je voyais avec son idée le
ciel bleu et le travail fleuri de la campagne; je flairais sa fatalité dans les villes. Il avait plus de force qu'un saint, plus de bon sens qu'un voyageur - et lui, lui seul! pour témoin de sa
gloire et de sa raison.
Sur les routes, par les nuits d'hiver, sans gîte, sans habits, sans pain, une voix étreignait mon coeur gelé: "Faiblesse ou force: te voilà, c'est la force. Tu ne sais ni où tu vas ni pourquoi tu
vas, entre partout, réponds à tout. On ne te tuera pas plus que si tu étais cadavre." Au matin j'avais le regard si perdu et la contenance si morte, que ceux que j'ai rencontrés ne m'ont
peut-être pas vu.
Dans les villes la boue m'apparaissait soudainement rouge et noire, comme une glace quand la lampe circule dans la chambre voisine, comme un trésor dans la forêt! Bonne chance, criais-je, et je
voyais une mer de flammes et de fumée au ciel; et, à gauche, à droite, toutes les richesses flambant comme un milliard de tonnerres.
Mais l'orgie et la camaraderie des femmes m'étaient interdites. Pas même un compagnon. Je me voyais devant une foule exaspérée, en face du peloton d'exécution, pleurant du malheur qu'ils n'aient
pu comprendre, et pardonnant! - Comme Jeanne d'Arc! - "Prêtres, professeurs, maîtres, vous vous trompez en me livrant à la justice. Je n'ai jamais été de ce peuple-ci; je n'ai jamais été
chrétien; je suis de la race qui chantait dans le supplice; je ne comprends pas les lois; je n'ai pas le sens moral, je suis une brute: vous vous trompez... " Oui, j'ai les yeux fermés à votre
lumière. Je suis une bête, un nègre. Mais je puis être sauvé. Vous êtes de faux nègres, vous maniaques, féroces, avares. Marchand, tu es nègre; magistrat, tu es nègre; général, tu es nègre;
empereur, vieille démangeaison, tu es nègre: tu as bu d'une liqueur non taxée, de la fabrique de Satan. - Ce peuple est inspiré par la fièvre et le cancer. Infirmes et vieillards sont tellement
respectables qu'ils demandent à être bouillis. - Le plus malin est de quitter ce continent, où la folie rôde pour pourvoir d'otages ces misérables. J'entre au vrai royaume des enfants de
Cham.
Connais-je encore la nature? me connais-je? - Plus de mots. J'ensevelis les morts dans mon ventre. Cris, tambour, danse, danse, danse, danse! Je ne vois même pas l'heure où, les blancs
débarquant, je tomberai au néant.
Faim, soif, cris, danse, danse, danse, danse!
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Les blancs débarquent. Le canon! Il faut se soumettre au baptême, s'habiller, travailler. J'ai reçu au coeur le coup de grâce. Ah! je ne l'avais pas prévu!
Je n'ai point fait le mal. Les jours vont m'être légers, le repentir va m'être épargné. Je n'aurai pas eu les tourments de l'âme presque morte au bien, où remonte la lumière sévère comme les
cierges funéraires. Le sort du fils de famille, cercueil prématuré couvert de limpides larmes. Sans doute la débauche est bête, le vice est bête; il faut jeter la pourriture à l'écart. Mais
l'horloge ne sera pas arrivée à ne plus sonner que l'heure de la pure douleur! Vais-je être enlevé comme un enfant, pour jouer au paradis dans l'oubli de tout le malheur! Vite! est-il d'autres
vies? - Le sommeil dans la richesse est impossible. La richesse a toujours été bien public. L'amour divin seul octroie les clefs de la science. Je vois que la nature n'est qu'un spectacle de
bonté. Adieu chimères, idéals, erreurs.
Le chant raisonnable des anges s'élève du navire sauveur: c'est l'amour divin. - Deux amours! je puis mourir de l'amour terrestre, mourir de dévouement. J'ai laissé des âmes dont la peine
s'accroîtra de mon départ! Vous me choisissez parmi les naufragés; ceux qui restent sont-ils pas mes amis?
Sauvez-les!
La raison m'est née. Le monde est bon. Je bénirai la vie. J'aimerai mes frères. Ce ne sont plus des promesses d'enfance. Ni l'espoir d'échapper à la vieillesse et à la mort. Dieu fait ma force,
et je loue Dieu.
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L'ennui n'est plus l'amour. Les rages, les débauches, la folie, dont je sais tous les élans et les désastres, - tout mon fardeau est déposé. Apprécions sans vertige l'étendue de mon
innocence.
Je ne serais plus capable de demander le réconfort d'une bastonnade. Je ne me crois pas embarqué pour une noce avec Jésus-Christ pour beau-père.
Je ne suis pas prisonnier de ma raison. J'ai dit: Dieu. Je veux la liberté dans le salut: comment la poursuivre? Les goûts frivoles m'ont quitté. Plus besoin de dévouement ni d'amour divin. Je ne
regrette pas le siècle des moeurs sensibles. Chacun a sa raison, mépris et charité: je retiens ma place au sommet de cette angélique échelle de bon sens. Quant au bonheur établi, domestique ou
non... non, je ne peux pas. Je suis trop dissipé, trop faible. La vie fleurit par le travail, vieille vérité: moi, ma vie n'est pas assez pesante, elle s'envole et flotte loin au-dessus de
l'action, ce cher point du monde.
Comme je deviens vieille fille, à manquer du courage d'aimer la mort!
Si Dieu m'accordait le calme céleste, aérien, la prière, - comme les anciens saints. - Les saints! des forts! les anachorètes, des artistes comme il n'en faut plus!
Farce continuelle! Mon innocence ferait pleurer. La vie est la farce à mener par tous.
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Assez! Voici la punition. - En marche!
Ah! les poumons brûlent, les tempes grondent! la nuit roule dans mes yeux, par ce soleil! le coeur... les membres...
Où va-t-on? au combat? Je suis faible! les autres avancent. Les outils, les armes... le temps!...
Feu! feu sur moi! Là! ou je me rends. - Lâches! - Je me tue! Je me jette aux pieds des chevaux!
Ah!...
- Je m'y habituerai.
Ce serait la vie française, le sentier de l'honneur!
Arthur Rimbaud (1854 ; 1891)
Quand j'étais en Italie, ce sujet a fait grand débat, il faut savoir que partout absolument partout on trouve des crucifix, dans les supermarchés, les pharmacies, les garages, à l'hôpital, dans les banques, à la Poste... C'est au-delà du symbole religieux, un paysage culturel fort, comme si en France on décrochait ... d'ailleurs quoi? quel objet aussi fortement marqué, familier, rassurant...je ne sais pas... je ne vois pas d'équivalent. Ces crucifix ou effigies sont comme des cailloux blanc d'une Histoire qui change, qui a changé. Nul ne saurait jurer que les citoyens y voient réellement une présence signifiante du divin. C'est juste un signe distinctif, comme la baguette sous le bras, l'odeur du pain chaud, des souvenirs, des indices, des traces. D'ailleurs mêmes mes amis pas forcément pieux virent dans ce projet une hérésie quasi blasphématoire. Moi aussi, du reste. C'est drôle que les accents d'une identité se figent parfois où on les attend le moins. Qui songerait à déplacer les cathédrales, les anges marquants d'une Eglise en net recul? Ce sont des pierres immenses qui rendent compte de nos ancêtres, de nos socles. Arracher les crucifix tient ainsi non d'une volonté laïque mais d'une bureaucratie pleine d'oeillères, de dogmes rigides, à l'heure où on fait resplendir les régionalismes, les langues locales, on voudrait rendre un pays entier aveugle.. C'est une réaction impulsive, excessive comme quand on touche aux couronnes du passé, à la particularité d'une nation (nation toute fragile face à son immigration massive, son absence de cadre fixe, sa politique grand guignol, sa télé vulgaire, son administration absurde, sa cohésion difficile). Foi de nous, les crucifix resteront où ils sont, et nous les fleurirons , comme un" poing d'honneur" aux textes européens sans état d'âme.
------------------------------ Pas touche à mon crucifix article trouvé sur le net«Ils peuvent mourir! Le crucifix restera dans toutes les salles de classe, dans tous les endroits publics! Ils peuvent mourir! Eux et leurs faux organismes internationaux qui ne servent à rien!» Voici comment le ministre de la Défense italien, Ignazio La Russa, un tantinet irrité, a commenté "à chaud" sur la Rai la récente décision de la Cour européenne des Droits de l’homme, qui vient d'accueillir le recours d’une mère de famille italienne d’origine finlandaise, Soile Lautsi. Cette dernière contestait la présence d'un crucifix dans la salle de classe de l’école (publique) de ses deux fils et demandait son retrait. Le considérant comme une ingérence incompatible avec la liberté de conviction et de religion garantie par la convention de sauvegarde des droits de l’homme, elle a entamé une véritable bataille judiciaire en 2002 et vient (provisoirement) d'obtenir satisfaction. En mars 2000, sur recours du membre d'un bureau de vote, la Cour de cassation avait déjà énoncé que la présence du crucifix dans les salles de voteétait contraire au principe de laïcité de l'État et d'impartialité et neutralité de l’administration publique. En 2003, le président de l'Union des musulmans en Italie avait obtenu du Tribunal de l'Aquila le retrait du crucifix de l'école de son fils pour des motifs similaires. Mais le Tribunal administratif, en 2005, et le Conseil d’Etat, en 2006, ont rejeté le recours de Soile Lautsi, considérant le crucifix à l'école comme un symbole de l’histoire et de la culture italiennes et des principes d’égalité et de tolérance, ainsi qu'une valeur laïque promue par la Constitution et ne voyant donc pas de motif pour l'en retirer. La Cour constitutionnelle italienne, saisie en 2004, s’est déclarée incompétente à statuer sur le problème, l’exposition du crucifix étant prévue par d’antédiluviens décrets et circulaires de 1924 et 1928 adoptés durant le régime fasciste («le crucifix compte parmi les équipements et matériels nécessaires aux salles de classe des écoles»), et non par une loi dont elle aurait eu à apprécier la conformité à la constitution. Ces textes n’ont jamais été abrogés: en 1929, les Pactes de Latran (Patti lateranensi), accords entre l’Etat italien et le Vatican ont confirmé la religion catholique comme étant la religion d'Etat. La Constitution de 1948 a fait par la suite disparaître toute référence à une religion officielle, garantissant la liberté de religion, et en 1985, les nouveaux accords de Latran ont fixé entre autres les modalités de reconnaissance du mariage religieux et du financement du clergé par l'Etat italien ainsi que de l'enseignement de l'heure de religion dans les écoles (1), mais sans dire un mot des crucifix dans les lieux publics. La Cour constitutionnelle a, depuis, rappelé à plusieurs reprises la nécessité pour l’Etat de se comporter avec équidistance et impartialité, sans devoir tenir compte du nombre d’adhérents à une religion ou à une autre, en reflétant le principe de laicité contenu dans la Constitution: selon la Cour, l'Etat ne peut donc privilégier un seul aspect de la tradition et de la culture nationale dans une société où doivent cohabiter des croyances, des cultures et des traditions différentes. Mais rien à faire. Les crucifix restent présents dans tous les lieux publics, les écoles, collèges et lycées publics, les tribunaux, mairies, préfectures, hôpitaux, bureaux de poste, salles de vote. Il y en a évidemment dans la classe de mon fils, et même à ma banque!... et j'en vois évidemment tous les jours en audience au Tribunal. Mais si leur présence surprend souvent les étrangers, ils font tellement partie du "paysage" que les Italiens n'y font plus vraiment attention, sauf quand on parle de les enlever (un seul être vous manque et tout est dépeuplé!).Les (rares) fonctionnaires qui s'y opposent en payent les conséquences... Un juge de Camerino, Luigi Tosti, a ainsi refusé en 2005 de tenir une audience en présence d'un crucifix: il a été suspendu de ses fonctions et privé de salaire jusqu’à sa relaxe prononcée par la Cour de cassation en 2009. Pour revenir à la décision qui a déclenclé l'ire d'Ignazio la Russa, dans son (long) arrêt très motivé, la Cour européenne des droits de l'homme, après avoir rappelé que l'exposition du crucifix dans les écoles n'est imposée ni prévue par aucune loi, a pris en compte la nature du symbole religieux qu'il comporte "indubitablement", au-delà de la "pluralité de significations" qu’il peut revêtir, et "son impact sur les élèves d’un jeune âge, qui peuvent l‘interpréter comme un signe religieux et se sentir éduqués dans un environnement scolaire marqué par une religion donnée, pouvant perturber des élèves appartenant à des minorités religieuses ou ceux qui ne se revendiquent d’aucune religion". Au nom de la neutralité confessionnelle de l’Etat rappelée dans la Constitution italienne, dans le cadre de l’éducation publique obligatoire, la Cour a jugé l’exposition des crucifix contraire au droit des parents d’éduquer leurs enfants selon leurs convictions et au droit des enfants à la liberté de religion. Ce jugement, susceptible de recours (déjà annoncé par le gouvernement italien) a déclenché une levée de boucliers et un chœur de protestations presque unanimes, souvent exprimées dans un langage fleuri. Un "jugement inacceptable" selon Berlusconi, une "connerie" pour Umberto Bossi, une décision "honteuse" et "myope", une "négation" de l'identité chrétienne européenne, un "attentat à la liberté religieuse", une décision prononcée par une "Cour européenne marquée par l’idéologie" selon le ministre de l’Instruction Maria Stella Gelmini, une dérive "laïciste" et "païenne" qui risque de mettre en danger l’identité culturelle des petits italiens, une offense à la tradition millénaire du christianisme, etc...Le Vatican a répondu sans un certain humour que l'Europe "enlevait" les crucifix à l'Italie en ne lui laissant que les citrouilles de Halloween... La ville de Sassuolo près de Modène, a réagi en achetant cinquante nouveaux crucifix pour les écoles, au cas où elles en seraient dépourvues. Les insultes pleuvent contre Mme Lautsi, sur les blogs et forums, lui enjoignant élégamment de partir retrouver ses rennes finlandais... Bon, excès et insultes mis à part, à lire les réactions transalpines à gauche comme à droite, il me semble hautement improbable que la décision de la Cour soit suivie d'un décrochage général des crucifix dans les écoles. Le droit ne semble pas près de l'emporter contre la puissance du symbole et de la tradition malgré la force obligatoire des arrêts de la Cour (article 46 de la convention). Silvio Berlusconi, défenseur autoproclamé des valeurs chrétiennes, a déjà annoncé qu'en cas de rejet du recours du gouvernement italien, la décision de la Cour ne sera pas appliquée et les crucifix resteront dans les écoles.
Mais en attendant l'issue du recours, pourquoi ne pas penser à l'abrogation de la contravention de blasphème (be (1) L'heure de religion est ainsi devenue facultative mais il n'y a pas de véritable alternative pour les élèves qui en sont dispensés; en l'absence de cours de substitution dans la grande majorité des écoles, ils sont obligés de se tourner les pouces. A la maternelle et au primaire pendant deux heures, au collège et au lycée pendant une heure (et jamais en fin de cours pour éviter la sèche), la "religion" est enseignée par des profs qui sont nommés et supervisés par le Vatican (qui décide seul du programme) et sont payés par l'État. |
