Mardi 22 avril 2008
par flo
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Mardi 22 avril 2008
par flo
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Mardi 22 avril 2008

 

Hors des jours étrangers

 

 

mon peuple

 

quand

hors des jours étrangers

germeras-tu une tête bien tienne sur les épaules renouées

et ta parole

le congé dépêché aux traîtres

aux maîtres

le pain restitué la terre lavée

la terre donnée

 

quand

quand donc cesseras-tu d’être le jouet sombre

au carnaval des autres

ou dans les champs d’autrui

l’épouvantail désuet

 

demain

à quand demain mon peuple

la déroute mercenaire

finie la fête

 

mais la rougeur de l’est au cœur de balisier

 

peuple de mauvais sommeil rompu

peuple d’abîmes remontés

peuple de cauchemars domptés

peuple nocturne amant des fureurs du tonnerre

demain plus haut plus doux plus large

 

et la houle torrentielle des terres

à la charrue salubre de l’orage


Aimé Césaire
http://www.potomitan.info/matinik/cesaire.php

par flo
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Mardi 22 avril 2008
le nez penché sur l'eau , à humer les pleurs de l'orage, je contemplais, loin de tous, les détails de la façade, narcisse de marbre et de temps, accroupie et les yeux perdus dans le sol et le ciel rejoints....
par flo
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Mardi 22 avril 2008
et ainsi l'ange à terre devient sirène et ne s'élance plus dans l'air des villes mais dans l'eau des flaques.. quel ange ne rêverait pas de savoir nager dans nos imaginaires??? quel or ne gagne pas à se fendre de l'angle des pavés? ciel! comme ce monde à l'envers est plus ouvert, plus près des hommes... sous leurs pieds, le paradis dévoilé...
par flo
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Mardi 22 avril 2008
On peut aimer les choses pour ce qu'elles sont vraiment, des oeuvres sans poussières ,des beautés brutes, presque brutales d'existence, imposantes . Ainsi du duomo de Sienne ( oui j'aime cette ville à la folie), que les touristes photographiaient à gogo, haute et fière de tant de regards... Et puis bien sûr moi qui aime surtout l'ombre des choses, les reflets, les éclats.. Aussi tournant le dos aux masses ébahies je me penchais , on peut dire amoureusement, sur une petite flaque insignifiante, oeuvre de diluviennes pluies, océan minuscule frotté de semelles indifférentes.
Je cherchais l'angle où apparaitraît l'enchantement .
Ainsi de ma vie, ne pas me heurter aux réalités fussent -elles pierres et socles et solides bases... mais chercher inlassablement l'angle d'une autre approche. Déformation du réel, absence totale de sens pratique, songe éveillé: on est d'accord. Oui mais la beauté offerte par la surprise, oui mais l'originale autre  version du monde, quand on le connaît, quand on l'aborde, ce monde , incessamment de biais... quelle découverte, quelle EMOTION!!!
plus que le duomo, j'aime moi, le reflet du duomo...
par flo
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Mardi 22 avril 2008
alors surprendre un geste de pure caresse m'attendrit, moi dont le coeur est sec à ces choses-là..

la sauvage la solitaire la fugueuse la fuyante

deux ombres qui se touchent, qui s'avancent dans le coeur de Sienne, sur la conque de pavés séculaires, et en premier plan, un élan de douceur,un geste anodin...
alors et seulement alors, je me dis, oui bien sûr le fil des jours, cette unité, la vraie force de l'amour dans le cours du temps.
Les amis avec qui j'ai partagé ce séjour toscan ont eux aussi cette histoire des ans, cette union des aventures...
je pense alors que je me trompe, que minoritaire je ne peux être que dans l'erreur, que le véritable courage est d'accepter la vague d'ennui inévitable, le léger détachement de la passion vers la profonde affection.
Pourtant toujours et vite je décroche, je me détache, je rêve d'ailleurs, la personne me plaît de plus en plus - pas toujours!- comme individu mais plus comme élan et émerveillement et mon désir s'éteint et je me languis... je fixe la porte de sortie avec des vapeurs d'asphyxiée...je me violace le coeur par manque d'oxygène, je parle de hauteur de de grands mots courroucés, je me drape de violence... je pars avec des mines de fille qu'on a trompée sur la marchandise.. outrée de tant de mensonges.... on me lance généralement un oeil exaspéré... je tombe alors en amour pour le plus impossible des impossibles et dans l'ombre, je me délecte d'exaltation faussée.
je sais tout cela, les doigts qui se touchent vrillent mes incertitudes mais voilà je ne peux pas, je ne peux pas...
je les regarde et je vis ce moment tapie derrière mon objectif, c'est déjà ça.
la tendresse par procuration. le photomaton des émotions.
par flo
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Mardi 22 avril 2008
Unwind, hands,
you angel webs,
unwind like the coil of a jumping jack,
cup together and let yourselves fill up with sun
and applaud, world,
applaud.

Anne Sexton,
The complete Poems









j'ai aimé des hommes pour la musique de leurs mains.
Un surtout, qui ne disait rien, probablement parce qu'il ne ressentait rien. Pourtant ses doigts me chantaient des mondes secrets, des ôdes sur le mode brutal, des spaumes de bonté. Son coeur était ailleurs, mais ses mains m'appartenaient . Longues subtilités d'intellectuel soigné. Tourment de paume  et jeux trop bien appris sur le corps doux des femmes. Son visage était un masque mais ses mains autour de mes poignets disaient, je voudrais le croire encore, une histoire d'entente et de peau en partage. Je les ai perdues, par négligence et par  impatience. Elles me manquent encore.































par flo
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Mardi 22 avril 2008

 

Répétitions

  C’est toujours la même chose. Invariablement. Assis à sa table, lumière éteinte, s’il ne se penchait au-dehors pour voir. Trouver l’amorce. À chaque fois. On finirait par se lasser s’il n’y avait cet effet de surprise, un je-ne-sais-quoi d’inattendu. (Apparaître, bien. Puis disparaître.)
  Suspendre l’attente. Comment c’est ? Revenir à la charge, incertain. Choisir un moment propice. Surtout, ne pas se décourager. Enfin. Enfin, quoi ? Encore ? Toujours, cette certitude à venir. Un chantier en chantier. Redresser la tête. Faire les cent pas. Rebrousser chemin, la nuit venue. Pénombre du sujet se cherchant. Prescrire le grain temporel, sa suite, sa résistance. Comme vous le dîtes. On s’y croirait. Journée laborieuse. Ciel limpide. Se soustraire à nouveau. Prendre son envol. Et risquer la chute. Notation du jour : retenir. Accepter de tomber alors. Ainsi de suite. Que faire si ce n’est poursuivre. Pour aller où ? C’est vrai ça. Où en somme ? Tourner en rond. Telle pourrait être la fin. Ou peut-être envisager une accalmie. Poursuivre, aller de l’avant. Dans quelle direction ? Tantôt là, tantôt à l’aveuglette. Partir, commencer à partir. Mi-hésitant, mi-souhaitant comme redoutant. Puis reprendre le mouvement, sans indice, sans repère. Vers l’errance d’antan. Soubresauts en rafale. Tressaillements le laissant dans le noir, le silence plutôt. Une nouvelle place. Ou peut-être rien, la tête sur les mains.
Shoshana Rappaport-Jaccottet

par flo
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Mardi 22 avril 2008

 

Commencer

  Par où commencer ? Sempiternelle inadéquation d’un début. (Prometteur s’il est.) Poursuivre sans se retourner. À quoi dit-on adieu ? Dans quels termes ? Il faudrait s’affranchir. Peut-on rêver de lointains infinis ? Il faudrait pouvoir amorcer. Le ciel s’ouvrirait. Clément. Ne pas revenir sur ses pas. S’éloigner simplement. Conserver pour soi la blessure. La frange invisible qui sépare toujours. Être distinct de. Ne rien forcer. Accentuation de la singularité, et acquisition d’une méthode. (N’ai jamais cherché.) Impressions souveraines du tropisme.
  À la racine du roman. Aucune trace nulle part. Personne ne s’y est jamais aventuré. Tâtonnant, cherchant quoi ? Le tigre du Bengale ? Cela ne porte aucun nom. Les jeux ne sont pas encore faits. Nécessité reprend ses droits.
  D’abord verser dans le rire, puis dans le recueillement. Il faut se reprendre. Se secouer. Il suffit d’un regard, d’un geste. D’un mouvement aussi imperceptible fût-il. Un mouvement sensible ? C’est ici que cela se passe. Ici, seulement. La forme de chaque mot, leur écart, leur dilatation. La possibilité de l’élévation ? Avancer lentement. S’envoler plus haut. Tout est porté par ces mots dont rien n’entrave l’action. Salutaire obstination que celle qui consiste à trouver son propre domaine. Que réclamer de plus ?

Shoshana Rappaport-Jaccottet

ps: une de mes préférées, une haie courbe, au gré de routes qui serpentent
moment pur et bon, semaine de (re) découverte, avec des amis. val d'orcia, toscana.

par flo
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