....."Mais rendre la lumière
Suppose d'ombre une morne moitié"
paul valéry
mon peuple
quand
hors des jours étrangers
germeras-tu une tête bien tienne sur les épaules renouées
et ta parole
le congé dépêché aux traîtres
aux maîtres
le pain restitué la terre lavée
la terre donnée
quand
quand donc cesseras-tu d’être le jouet sombre
au carnaval des autres
ou dans les champs d’autrui
l’épouvantail désuet
demain
à quand demain mon peuple
la déroute mercenaire
finie la fête
mais la rougeur de l’est au cœur de balisier
peuple de mauvais sommeil rompu
peuple d’abîmes remontés
peuple de cauchemars domptés
peuple nocturne amant des fureurs du tonnerre
demain plus haut plus doux plus large
et la houle torrentielle des terres
à la charrue salubre de l’orage
Aimé Césaire
http://www.potomitan.info/matinik/cesaire.php
C’est toujours la même chose. Invariablement. Assis à sa table, lumière éteinte, s’il ne se penchait au-dehors pour voir. Trouver l’amorce. À chaque fois. On
finirait par se lasser s’il n’y avait cet effet de surprise, un je-ne-sais-quoi d’inattendu. (Apparaître, bien. Puis disparaître.)
Suspendre l’attente. Comment c’est ? Revenir à la charge, incertain. Choisir un moment propice. Surtout, ne pas se décourager. Enfin. Enfin, quoi ? Encore ? Toujours, cette
certitude à venir. Un chantier en chantier. Redresser la tête. Faire les cent pas. Rebrousser chemin, la nuit venue. Pénombre du sujet se cherchant. Prescrire le grain temporel, sa suite, sa
résistance. Comme vous le dîtes. On s’y croirait. Journée laborieuse. Ciel limpide. Se soustraire à nouveau. Prendre son envol. Et risquer la chute. Notation du jour : retenir. Accepter de
tomber alors. Ainsi de suite. Que faire si ce n’est poursuivre. Pour aller où ? C’est vrai ça. Où en somme ? Tourner en rond. Telle pourrait être la fin. Ou peut-être envisager une
accalmie. Poursuivre, aller de l’avant. Dans quelle direction ? Tantôt là, tantôt à l’aveuglette. Partir, commencer à partir. Mi-hésitant, mi-souhaitant comme redoutant. Puis reprendre le
mouvement, sans indice, sans repère. Vers l’errance d’antan. Soubresauts en rafale. Tressaillements le laissant dans le noir, le silence plutôt. Une nouvelle place. Ou peut-être rien, la tête sur
les mains.
Shoshana Rappaport-Jaccottet
Par où commencer ? Sempiternelle inadéquation d’un début. (Prometteur s’il est.) Poursuivre sans se retourner. À quoi dit-on adieu ? Dans quels
termes ? Il faudrait s’affranchir. Peut-on rêver de lointains infinis ? Il faudrait pouvoir amorcer. Le ciel s’ouvrirait. Clément. Ne pas revenir sur ses pas. S’éloigner simplement.
Conserver pour soi la blessure. La frange invisible qui sépare toujours. Être distinct de. Ne rien forcer. Accentuation de la singularité, et acquisition d’une méthode. (N’ai jamais cherché.)
Impressions souveraines du tropisme.
À la racine du roman. Aucune trace nulle part. Personne ne s’y est jamais aventuré. Tâtonnant, cherchant quoi ? Le tigre du Bengale ? Cela ne porte aucun nom. Les jeux ne sont
pas encore faits. Nécessité reprend ses droits.
D’abord verser dans le rire, puis dans le recueillement. Il faut se reprendre. Se secouer. Il suffit d’un regard, d’un geste. D’un mouvement aussi imperceptible fût-il. Un mouvement
sensible ? C’est ici que cela se passe. Ici, seulement. La forme de chaque mot, leur écart, leur dilatation. La possibilité de l’élévation ? Avancer lentement. S’envoler plus haut. Tout
est porté par ces mots dont rien n’entrave l’action. Salutaire obstination que celle qui consiste à trouver son propre domaine. Que réclamer de plus ?
Shoshana Rappaport-Jaccottet
ps: une de mes préférées, une haie courbe, au gré de routes qui serpentent
moment pur et bon, semaine de (re) découverte, avec des amis. val d'orcia, toscana.